François
Bayrou était l'invité de l'émission "Les 4 vérités" animé par
Roland Sicard sur France 2, ce jeudi 7 janvier :
Roland Sicard : - Bonjour à tous, bonjour
François
Bayrou.
François Bayrou : -
Bonjour.
R.S. - Avec le retour des grands froids on reparle
des occupations de logements vides par les sans abris. Est-ce que
vous êtes favorable, est-ce que vous comprenez ces occupations
?
F.B. - En tous cas
c'est la promesse qui a été faite selon laquelle il n'y aurait plus
un SDF ou un sans abri, vous vous souvenez, en 2010, nous avait-on
dit à l'époque. Cette promesse n'est évidemment pas respectée et le
plan qu'on attend de mise à disposition de logements de passage, de
logements de transition pour la période des grands froids n'a pas
été mis en place. Ce plan, selon moi, ne coûte pas cher et il est
indispensable qu'on le conçoive. Vous savez, ce qui manque le plus
aujourd'hui, c'est savoir où on va, dans quelles perspectives. On
sait bien qu'on ne peut pas tout faire d'un seul coup de baguette
magique et que tous ceux qui le promettent en réalité entretiennent
des illusions.
R.S. - Vous pensez à Nicolas Sarkozy ?
F.B. - Oui, entre autres. Au moins pouvons-nous dire où nous allons. Pouvons-nous nous fixer des objectifs ? Ces objectifs ne sont pas fixés. On ne sait pas où on va et on a l’impression d’une navigation un peu au hazard ou au fil de l’actualité.
R.S. - Cela c’est la définition que vous faites de la politique de Nicolas Sarkozy ?
F.B. - Non c’est la définition que je fais des fragilités de la France. Regardez, on est en train d’annoncer, tous vos journaux annoncent les uns après les autres des risques de coupures d’électricité. On est en janvier et il fait une température négative. Il n’y a rien de plus normal que d’avoir froid en janvier. Pourquoi est-ce que la France est à ce point fragile qu’on soit obligés de penser à des coupures d’électricité ? Vous voyez bien qu’il y a des défauts d’équipement du pays, un défaut de long terme en vérité. On fait du court terme au jour le jour et ça ne suffit pas pour que les citoyens se sentent rassurés et pour que le pays prenne l’élan nécessaire.
R.S. - On parlait de Nicolas Sarkozy, hier il a présenté sa politique économique et il a notamment expliqué qu’elle avait permis à la France de s’en sortir mieux que les autres au moment de la crise. Est-ce que vous êtes d’accord avec cette analyse ?
F.B. - Que Nicolas Sarkozy, comme tout les gouvernants -il ne faut pas lui faire un sort à part- fasse preuve de satisfaction et même d’autosatisfaction face à la situation du pays est habituel. Pour moi, ce qui est très préoccupant c’est qu’au contraire, aucun des problèmes de la France n’est résolu. Et aucun des problèmes profonds du pays n’est même traité. De plus en plus, les français s’en rendent compte. Regardez la fuite de l’emploi, les menaces sur l’emploi industriel et l’agriculture. Le fait que les agriculteurs ne sachent pas où on va et ait des craintes sur leur disparition à court terme. La crise profondissime de l’enseignement et de l’Education nationale en France, les problèmes de sécurité – vous avez vu ce qui s’est passé pendant la nuit de la saint Sylvestre ? – les problèmes des banlieues… Vous n’allez pas me dire que les problèmes des banlieues sont traités. Toutes ces questions là qui demandent une vision de long terme et un effort, pour l’instant, sont traitées dans les mots. On entend beaucoup de déclarations, les discours sont des discours extraordinairement satisfaits, et la vérité c’est que rien ne change et qu’au contraire un certain nombre de choses profondes s’aggravent notamment dans le domaine qui est pour moi le plus important, celui de l’effort industriel. On est un pays qui devient dépendant de l’extérieur dans des secteurs industriels multiples et variés.
R.S. - Alors, le débat sur l’identité nationale se poursuit. Est-ce que vous pensez que c’était une bonne idée de lancer ce débat ?
F.B. - Sûrement pas. Le gouvernement croyait qu’il avait trouvé une nouvelle foi, la recette invincible pour faire que se regroupent autour de lui des voix sur lesquelles il lorgne depuis longtemps. Pour moi, je vais vous dire une chose simple. Les grands peuples ne s’interrogent jamais sur leur identité. Je ne dis pas que la question de ce que c’est, un peuple, et où il va, ne soit pas importante. C’est une question historique, philosophique, et moi-même j’y participerai peut-être en écrivant ce que j’en pense. Mais ça ne doit pas faire l’objet d’une exploitation électorale parce que ça risque de dresser les gens les uns contre les autres. Nous sommes un grand pays qui va devoir vivre dans les décennies qui viennent avec les populations qui le forment.
R.S. - Jean-Marie le Pen propose un référendum sur l’immigration...
F.B. - Pour Monsieur Le Pen, depuis longtemps, c’est son fond de commerce. Il demeure que beaucoup de français sont issus de l’immigration, lointaine ou proche. Beaucoup de français ont cet héritage d’apports extérieurs. Et l’immigration, sa principale cause, ce n’est pas la malveillance des uns ou des autres, c’est la misère. Tant que vous ne luttez pas contre la misère, vous ne luttez pas contre l’immigration. Tant que vous ne luttez pas pour un rééquilibrage du monde, regardez l’abandon dans lequel on condamne l’Afrique. Et qui s’installe en Afrique ? C’est les chinois. Ce qu’on a vu a Copenhague, c’est un basculement du monde qui fait que désormais la Chine devient un géant, le Pacifique devient le centre du monde et nous, européens, nous sommes maintenus en lisière. A côté de ça, toutes ces tentatives pour dresser les gens les uns contre les autres sont des tentatives qui font du mal au pays. Le pays a besoin de dirigeants qui le rassemble et pas de dirigeants qui le divise.
R.S. - Sur la burqa, est-ce que vous êtes favorable à un loi pour en interdire le port ?
F.B. - Sur ce sujet où la réflexion n’est pas finie (on va avoir la conclusion du groupe de travail qui s’est mis en place), je suis assez proche de ce qu’on dit que pense Nicolas Sarkozy. Je suis assez proche de l’idée qu’il faut une résolution du parlement et qu’elle doit au moins, et de loin précéder une loi. Ce n’est pas la loi qui est la réponse. C’est la réaffirmation sereine, calme, par tous, pour expliquer à tous que notre pays, la France, mais aussi l’Europe, mais aussi l’Occident, c’est le pays des visages dévoilés. C’est notre manière de vivre ensemble et la loi présente un risque d’interprétation de déstabilisation d’un certain nombre de choses.
R.S. - Dans l’actualité il y a cette proposition du gouvernement d’imposer des quotas de boursiers dans les grandes écoles, une manière d’introduire la diversité. Vous êtes ancien ministre de l’Education nationale. C’est une bonne solution ?
F.B. - C’est une idée qui paraît généreuse et qui est dangereuse et c’est une idée qui est profondément contraire à l’idée française et républicaine du concours qui fait que, boursiers ou pas, vous arrivez à être reconnu pour votre mérite et non pas pour votre origine. Les concours républicains ont fait que des milliers de filles et garçons issus de milieux modestes ont réussi à s’affirmer malgré les difficultés sociales. Croyez-vous que quelqu’un comme Péguy aurait aimé être reçu sur un quotas de boursiers à l’Ecole Normale ?
R.S. - Un mot sur les élections régionales. Le PS vous a proposé des accords, notamment S. Royal en Poitou-Charentes. Vous allez dire oui ?
F.B. - Je défends la liberté de choix des électeurs, je défends le devoir pour chacun d’être ce qu’il est. La France n’a pas besoin d’un affrontement droite/gauche renforcé. La France a besoin d’une proposition politique nouvelle, et cette proposition politique nouvelle c’est au centre qu’on l’attend. Il est donc normal que chacun conserve et défende son identité au premier tour des élections. Les élections c’est fait pour faire apparaître des idées nouvelles et des visages nouveaux. Il y a beaucoup faire pour la France avec des projets nouveaux et des hommes et femmes nouveaux. C’est ce que nous défendrons au premier tour. Après le premier tour il y a un deuxième tour. Le premier tour c’est le tour des idées nouvelles et le deuxième tour c’est celui du rassemblement. Il y a un équilibre qui permet à chacun d’être ce qu’il est fortement, sereinement, et puis après, de constituer, si c’est possible, si c’est ouvert, des majorités pour les régions.
R.S. - Merci François Bayrou.

